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LA FRANCHISE, PHENOMENE FRANÇAIS

Passé de 34 magasins franchisés en 1971, à 1719 en 2013, l’hexagone s’affirme comme leader européen. De nombreux indicateurs soulignent l’excellence française pour la distribution, pas seulement la grande. Pourquoi cette voie entrepreneuriale séduit tant les français ?

 

DES INDIVIDUALITES OUVRENT LA VOIE…

Le succès de la franchise, tient de l’arrimage d’un bon concept et d’une bonne exécution. Alchimie probante en France, pays des idées et de l’individualisme. A commencer par le bon concept : Quel est le point commun entre Yves ROCHER, Jacques DESSANGE, Franck PROVOST et Alain AFFLELOU ?…. Ce sont des affaires d’hommes(1).  Chacun a mis son nom sur la table. Surtout, ils ont (é)prouvé leur concept. Eux-mêmes pilotes avant de piloter les autres, à l’instar d’un Yves ROCHER fabricant ses onguents dans le grenier de sa maison natale, premier centre d’expédition de ses ventes par correspondance dès 1959.

…A DES INDIVIDUS IMPLIQUES

A continuer par la bonne exécution. Oui, le mariage entre franchiseur et franchisé fait des petits pour longtemps si les deux parties (s’)investissent. Parce que non seulement le franchisé apporte du capital (entre 10 000 et 1,5 millions d’euros selon les enseignes) mais surtout parce qu’il s’engage dans un choix de vie, son obligation de résultat est plus forte que celle d’un salarié. De fait, le taux de rentabilité sur RBE des franchisés Brioche Dorée s’avère supérieur de 28% à celui des magasins succursalistes(2).

En 2013, 30 % des Français expriment leur envie de créer ou de reprendre une entreprise (3).   L’intrapreneuriat en mode franchise fait recette. Si environ la moitié des entrepreneurs échouent dans les cinq premières années, les chances de réussite en franchise sont dix fois supérieures selon Louis Le Duff(2).

 

ESPRIT JACOBIN

Les deux premiers facteurs clés de succès de toute franchise, notoriété et homogénéité, renvoient à l’esprit jacobin encore prégnant et à la cohérence interne du territoire France.

Afin de gagner la course à la notoriété, Guillaume RICHARD, fondateur du réseau O2 investit 10% de son chiffre d’affaires en communication(4).

L’homogénéité, elle, relève de trois critères, caractéristiques de notre terreau mental français :

  • Fraternité, esprit de famille : « je dois une partie de mon succès aux  « mercis et bravos » soutenus par un budget fleurs et chocolats en interne » déclare Guillaume RICHARD.
  • Normativité et sens critique : les enseignes pérennes ont su rédiger des livres de normes…les mettre en œuvre et les améliorer(5).
  • Sélectivité, tant la force d’une chaîne se mesure à l’aune de son maillon le plus faible.

AGILITES LOCALES

Mais le franchisé ne serait pas « gaulois » s’il ne recélait sa part d’irréductibilité. Laquelle complète le trousseau de deux facteurs clés :

  • Initiative et adaptabilité terrain.
  • L’innovation, cocktail de la diversité des parcours des franchisés et de la qualité renouvelée des échanges entre eux et avec le franchiseur dont l’expérience s’enrichit par là. Une telle innovation fertilise l’ensemble du réseau !

 

  • Rare exception confirmant la domination masculine des créateurs de franchises, Geneviève LETHU. Les femmes constituent en revanche 40% de la population des franchisés en France.
  • Louis Le Duff « réussir en toute franchise » chez Albin Michel (2006).
  • Source : Sondage réalisé en 2013 par l’institut Think pour l’Agence pour la création d’entreprise (APCE).
  • Soit 9 millions d’euros. O2, leader des services à la personne, est le premier recruteur de France 2008-2013 selon une étude Xerfi.

En outre, avant de devenir franchisé, la loi Doubin oblige le franchiseur à remettre à tout postulant un Document d’Information Précontractuel. http://www.franchise-fff.com/

NOS LOGOS pour la vie…et par delà !

Construire sa marque  relève désormais d’une démarche profonde. Laquelle épouse, voire soulève, le projet entrepreneurial. S’y atteler, c’est émettre des signaux forts de confiance en son entreprise.  A raison ?  Il semblerait que le branding renforce solidité financière et longévité…

Petite histoire du branding

Dans l’Amérique des cow-boys, le brandon désigne le fer marquant le bétail. En Europe, les cartouches pyrogravés attestent de l’origine des caisses de vins déjà un siècle avant que les crus bordelais ne se classent, en 1855(1). Jusqu’au milieu du XXè siècle, les architectes gravaient souvent de leur nom la pierre angulaire des immeubles construits selon leurs plans, engageant par là leur responsabilité. D’innombrables fabricants et industriels ont ainsi parié sur la postérité. Pensez aux constructeurs automobiles portant encore les noms de leurs créateurs par exemple. Puis, avec Bleustein Blanchet et les Mad men, l’audace et la confiance, si l’on en juge d’après l’orientation des investissements depuis sept décennies, basculent du camp des inventeurs vers celui des marketeurs. Enfin, à force de publicité, les marques tomberont, au XXIè siècle, dans le domaine public. De fait, sinon de droit. Pour vous en convaincre, songez au tollé soulevé par la velléité de GAP de modifier son logo et au statu quo dicté par sa communauté de consommateurs. En moins de trois siècles, s’est imposée la science à construire des marques : le branding. Ironie de l’histoire, celui-ci a d’abord été circonscrit au signe de la propriété pour finalement devenir l’affaire de tous. De la lecture de ce paragraphe, retenez que les marques sont désormais de plus en plus le fait de leurs publics(2) après avoir été l’apanage de fermiers, de fabricants et de publicitaires.

 

Or les publics s’emparent d’esthétique. Au sens, grec du terme, où le Beau et les sensations s’entremêlent(3). Le vocabulaire iconique des marques s’est donc progressivement élargi à tous nos sens. La vue, principal contact sensoriel humain, est abondamment sollicitée : couleurs (le rouge de Louboutin), formes (le flacon N°5 de Chanel), icônes (le Bibendum de Michelin), motifs (le monogramme Louis Vuitton), typo (Renault possède son propre alphabet), illustrations,… sont désormais relayés par l’odorat (le magasin Colette à Paris diffuse « son » odeur et la commercialise), l’ouïe (les sonneries subaquatiques de Skype), le toucher (la Laitière conditionnée en pots de verre granuleux), le goût (Nutella ou Veuve Cliquot savent à quel point leurs recettes sont « marquées ».)

 

Branding contemporain : mode d’emploi

L’entrepreneur « infini » d’aujourd’hui peut procéder en trois points fondamentaux.

  1. Tout entrepreneur gagnera à balayer TOUS ses points de contact avec ses prospects, clients, (futurs) collaborateurs, partenaires etc… et vérifiera leur cohérence interne. De la bande son téléphonique jusqu’au packaging en passant par sa page fan et sa papeterie institutionnelle.
  2. Le NOM est fondamental. Il porte une ambition inaugurale ET indélébile pendant la vie de l’entreprise. Il doit être réfléchi en conséquence. On peut, on doit faire évoluer sa marque et ses attributs mais le nom, lui, reste invariable. Sauf à infléchir le projet d’entreprise…
  • Sans renoncer à son quant à soi, le/la chef d’entreprise sera toujours plus enclin/e à lâcher prise et à substituer aux « cibles » marketing, des interlocuteurs: à la fin des années 90, à Londres, des jeunes femmes arborent le logo DYKEA(4), directement détourné de celui du distributeur de mobilier, lors de la Gay Pride. La direction Marketing d’IKEA intente d’abord un procès à la communauté lesbienne mais se ravise…en réalisant que ladite communauté consomme 20% des produits à forte valeur ajoutée dans ses magasins et influence les autres acheteurs !

 

Les visées du « brand building »

Pourquoi construire une marque ? Comment justifier plus de 30 milliards d’euros annuels en France de dépenses publicitaires ? Outre les logiques de différenciation, ces efforts visent trois objectifs :

augmenter la valeur de l’entreprise.

A partir des années 1980, s’impose la notion de capital de marque (« brand equity ») dont l’évaluation, quoique fluctuante, s’avère toujours plus déterminante pour les sociétés cotées ou lors de transactions financières. Naomi Klein a décomposé la chaîne de valeur d’une paire de chaussures Nike Air(5). Sortie d’usine de Jakarta puis transportée par container, dédouanée au Havre et livrée sur les étagères de ce qui serait maintenant le Citadium Caumartin au coût de 45 euros, elle est commercialisée 110 euros. Les 65 euros restants couvrent d’importantes dépenses  de marketing et de communication et laissent une marge très confortable à Nike. Si la brand equity a pu se traduire par une valorisation financière basée sur des études de marché et sur les investissements de communication passés, les récentes emplettes des FAGA(6) témoignent d’une redéfinition du capital de marque: son calcul s’apparente désormais au capital émotionnel comptabilisant les consommateurs connectés à votre marque…dans le futur.

 

incarner et manifester un projet

Plus l’aventure est individuelle, familiale, plus il y a de l’égo dans le logo. Passé ce stade, l’entreprise réalise à quel point le design porte son dessein, rend sa pensée, son ambition, sa proposition commerciale visibles. A condition d’adopter une posture mentale dynamique ; Les praticiens du branding le savent : le « ing » prime sur le « brand ».

 

prolonger l’espérance de vie

Quel est le point commun entre Solex, Cacolac, Tann’s et Repetto ? Toutes ressuscitées. Comment ? En soufflant sur les braises. En ravivant les souvenirs des consommateurs, en actualisant l’essence de marque pourtant cliniquement mortes, des entrepreneurs audacieux ont accompli des miracles.  Rose Repetto conçoit ses premières ballerines en 1947 et porte sa marque éponyme aux nues jusqu’à son décès en 1984. Reprise par un groupe puis par une banque, la marque périclite…jusqu’à ce que Marcel Gaucher la rachète en 1999, surmonte un dépôt de bilan en 2002 et redonne un formidable essor(7) à l’entreprise en la chevillant au luxe. Autre Phénix, le cartable Tann’s. Conçu par Le Tanneur dans les années 70, il renaît de ses cendres en 2008 après 15 ans d’absence, grâce au souffle de trois trentenaires nostalgiques et téméraires. Là encore, avec 200 000 cartables écoulés en 2013, le « branding cocktail » séduit : le nom, des signes émis cohérents et un souffle originel actualisé.

 

  • il faudra attendre 1935 et l’action du juriste député de Gironde, J. Capus pour faire naître les origines contrôlées.
  • lire l’excellent ouvrage de Catherine Becker « du Ricard dans mon Coca ».
  • le Beau reflète le Bon selon les platoniciens ; les marques savent qu’elles doivent investir bien au-delà des sensations !
  • dyke signifie « lesbienne » en argot britannique
  • No logo, paru en 2000.
  • Facebook, Amazon Google et Apple. Facebook a « acquis » chaque utilisateur de What’sApp pour un coût de 42 US dollars maintenant mais escompte voir ce coût ramené à 19 dollars…lorsque le réseau de messagerie instantanée aura atteint le milliard d’usagers.

CA 2012 : 60 millions d’euros et plus de 50 points de vente en propre dans le monde.

FOUS D’ENTREPRISE

fous_entreprise_Voilà un ouvrage radical. Qui (vous) traite à la racine. Rédigé par un médecin, un sociobiographe, un stratège disruptif, un patron insolite, un fou…d’entreprises. Praticien depuis plus de 30 ans, l’auteur* détaille une approche organique, holistique et renversée de ses clients, des PME françaises et internationales.

S’il nous rappelle que toute entreprise est d’abord une personne (morale), l’auteur adopte une posture globale et une praxis à l’avenant. Ainsi, pour diagnostiquer un client, Roger Couffin et ses équipes n’hésitent pas à convier sociologues ou cartographes…par exemple.

Ex JD, l’auteur insiste sur l’offre originelle de l’entrepreneur. Et renverse un ordre établi. Après avoir revitalisé plus de 700 PME, une constante se dégage : la proposition inaugurale du fondateur est TOUJOURS génératrice de valeur. Pour peu que l’on sache la faire évoluer, la réactiver ou l’exhumer. Après que, trop souvent hélas, ladite offre a été respectivement rattrapée par des causes exogènes, oubliée voire étouffée par le poison universel de tout organisme : la complexité. L’entreprise meurt de la luxuriance de ses branchages et gagne à fertiliser ses racines. Elle a intérêt à trancher dans la surabondance d’indicateurs, conjurer les contorsions, souvent insoutenables à terme, qui consistent à « répondre à un besoin » et même à élaguer la (tentation de) diversification. La complexité étant la règle, la simplicité l’exception, ce livre est, plus que recommandé, exceptionnel.

*Roger Couffin, a fondé et dirige le cabinet de conseils en stratégie ADRIEN Stratégies.

dehors d’oeuvres

chateau_lacosteRencontrer des œuvres d’art à l’extérieur occasionne  une réjouissante dissonance entre artefact et nature comme si lesdites œuvres avaient fui leurs asiles, déjouant la vigilance des gardiens de musées et retrouvaient leur liberté première. Celles et ceux qui auront  par exemple flâné dans le parc des Fondations Maeght à St Paul de Vence, Miro à Barcelone ou pérégriné dans les jardins de Lusiana (musée d’art moderne  de Copenhague), du LAM à Lille voire à Kerguéhennec dans le Morbihan connaissent cette joie infantile de l’art (à) découvert, rythmée par  cette pulsion qui sous tend la chasse aux œufs ou le jeu de piste.

Lorsque la culture s’enracine  dans l’art de cultiver la Terre, elle manifeste la possibilité d’élever l’Humanité comme l’agriculture nous a transformés en communautés édificatrices, il y a 25 000 ans de cela.

Tandis que l’agriculture vise l’accumulation, l’art, placé sous le signe de la dépense nécessaire, dionysiaque par essence,  a parti lié avec le vin.  Dans le Rioja, Frank Ghéry a dessiné un chai (d’œuvre). Cet été encore, des viticulteurs bordelais ont convié des artistes à enivrer leurs vignes…

Mais le comble, heureuse collusion entre art contemporain et terre dédiée à la création (une nouvelle définition du vignoble ?)  le comble de la démesure pourtant toute tendue vers la sophistication, est atteint au château La Coste à  proximité de la Roque d’Anthéron.

Le bâtiment central couvre un parking dont la sortie piétonne à elle seule crée l’événement : votre corps émerge d’une eau miroitant, outre un ciel azuréen,  l’antonyme de Narcisse, une araignée dont la maman s’appelle Louise Bourgeois ! Ce bâtiment abrite aussi l’accueil et le restaurant, pensé par  Tadao Ando pour aiguill(onn)er votre visite.  Et vous voici parti pour une heure trente de dilection à travers les vignes et les pinèdes. On y rencontre Richard Serra, mal à propos, lacérant la terre de ses lames de fer avec moins de grâce et de malignité que ne l’eut fait même une charrue géante, Andy Goldsworthy qui vous « nidifie » dans une cavité tapissé de chêne lequel vous tonifie et vous abreuve de sérénité à la fois. Plus tard, Guggi vous installe un immense calice, enivrant réceptacle de futures libations, après que vous avez médité aux sons inextinguibles des cloches de Paul Matisse et manqué la révélation que  Tadao Ando, encore lui, s’efforce de vous aménager,  une révélation relevant du « fiat lux » de la genèse qui ce jour là ne vient pas tant le ciel, gorgé d’eau, reste avare de lumière.

Une promenade inégale, dont les mauvais esprits pointeront l’ambition marketing visant à surpondérer le prix de vente des millésimes ou l’opportunité d’offrir un terrain de jeu défiscalisé pour ultra riche… La frivolité est profondément civilisatrice. Ce jour là, on s’est bien amusé.

Le « Brand content » d’accord, le public content d’abord

Gisement économique encore sous-exploité en France, le tourisme culturel explosera…fort d’une communication et d’une médiation adaptées.
Des temps forts et pas (ou peu) de temps morts. Un contenu substantiel. Un siège social-patrimonial magnétique, des rendez-vous physiques : les 30 000 lieux de culture et musées en Europe, ont chacun des atouts que de nombreuses marques devraient leur envier.

Concernant la France, il ne s’agit pas d’en faire un musée. Elle l’est. Il s’agit de mettre en musique (l’étymologie du mot Musée nous y invite) son patrimoine et son activité artistique. Le public est prêt, le contenu est là. En réaménageant son dispositif d’accueil, le musée du Louvre a quasi triplé sa fréquentation. A Lens, 10 000 personnes traversent chaque jour la galerie du Temps depuis son inauguration le 12/12/12. Le Centre Pompidou à Metz attire 500 000 personnes par an soit + de 50% au-delà de ses espérances lors de son lancement en mai 2010 tandis que la version mobile de la marque aura drainé plus de 200 000 visiteurs depuis le début de sa tournée hexagonale en mai 2011. Presque 2 français sur 3 fréquentent les lieux de culture.

La France, outre ses blockbusters « brick and mortar », a su créer d’immenses rendez-vous culturels à l’instar des Festivals d’Avignon ou de Cannes et plus récemment des Vieilles Charrues ou des Transmusicales. Dénominateur commun de ces succès ? Ils sont l’apanage de passionné(e)s. De celles et ceux ayant « quelque chose à dire » obstiné(e)s de l’intrinsèque qualité de l’offre, obsédé(e)s du respect dévolu au public  avant de se préoccuper de « l’histoire à (leur) raconter ». Comment expliquer, par exemple, la revitalisation du 104 depuis 2010 autrement qu’en flattant l’exceptionnel entrain de son nouveau directeur artistique ? Si le propos est substantiel, l’expérience sur site réussie, le succès n’est plus qu’une affaire de com’. Nous y voilà.

Entendons-nous bien, la communication culturelle ne jette ni paillettes ni argent par les fenêtres. Elle vise à renforcer les modèles économiques des entités qu’elle promeut, à créer des richesses, fertilise l’attractivité des territoires. Le développement culturel est encore économiquement sous-exploité en France. Un exemple ? Première destination au monde avec 84 millions de touristes annuels, si les acteurs français parviennent à vendre une visite/un spectacle de plus par touriste et par an, une entrée de devises d’un milliard d’euros se profile.

Si « le beau fait vendre » selon la formule du designer Raymond Loewy, comment vendre le beau ?

  • en décloisonnant les compétences: la com’ n’est jamais aussi efficace que lorsque les programmateurs/commissaires d’expo s’impliquent en amont et partagent leurs projets avec les responsables du marketing et les chargés d’accueil dans les lieux de culture.
  • en repensant le contenu aux fins de le rendre engageant et appropriable.
  • en cultivant son identité dans la durée.
  • en incorporant la révolution numérique au sein de chaque musée (au moins 35% des visites sont préparées sinon prépayées sur internet).

Ces postures et mesures  ne dessinent pas la pierre de rosette qui réveillera la France. Elles visent à booster la communication culturelle. Elles sont autant de clés pour « entreprendre la culture ». Plus qu’une marque, le musée français, se considère comme un symbole dont l’étymologie nous rappelle la fonction de conciliation. Les lieux de culture et leurs communicants gagneront à dépasser le « brand content » pour viser un public content. Les enjeux sont économiques et à terme sociétaux !

Art monde

Anish_Kapoor7  Certains artistes contemporains non contents de tisser une réputation mondiale cultivent le don d’ubiquité. Les meilleurs de ces artistes nous fascinent. Au sens étymologique du terme car l’admiration qu’on leur voue se teinte d’effroi.

A l’instar de son « Red Homeland » en rotation, immense cadran de cire rouge perpétuellement labouré, Anish Kapoor incarne tout à la fois l’apatride, le Démiurge et le Martyr livré sans relâche à ses obsessions.

Après Alice au pays où les aiguilles ont déserté les montres, Anish Kapoor habite une planète sans méridiens ni latitudes. Pour cause : il en a mappé quelques unes de ses œuvres !

L’univers de l’artiste fait une incursion dans chaque réceptacle urbain prêt à l’accueillir. Sitôt installé, son monde se retourne comme un gant et le spectateur y pénètre. Parce que l’on ne voit pas une œuvre d’Anish Kapoor, on « entre dans son monde ». Double pénétration hermaphrodite en vérité. Expérience obstétrique ou réminiscence pré-natale selon Anish_Kapoor5que l’on se trouve dehors ou dedans. Cette réversibilité expérientielle violente, du monde d’Anish Kapoor, confère à son visiteur (on ne « contemple » pas l’œuvre de Kapoor, on la visite) un super pouvoir : celui de l’ubiquité. Pas celle, molle, du réseau social (où l’on voit) celle, bouleversante, de l’art à l’œuvre (où l’on vit)*. Certains artistes mondialisés cultivent un don : le don de NOTRE ubiquité. Comment s’étonner  dés lors de ce que le Grand Palais, lors de son dernier Monumenta, ait compté 200 000 visiteurs !

*Incidemment, le Leviathan était déconseillé aux femmes enceintes.

*A Milan, à la Fabrica del Vapore, chaque visiteur signe une décharge avant de s’engager dans le tunnel de 57 m conçu par l’artiste. (jusqu’à fin janvier 2012).

Anish_KapoorBastoun

Sacré monstre.

Marie-Claude PIETRAGALLA au Palace mars 2011 :

Déesse déchue, Diva musclée.

Pietragalla, dans son dernier spectacle,  nous raconte les limites de l’émancipation féminine en retraçant l’Histoire, le 8 mars, d’Eve et de toute sa descendance jusqu’à l’executive woman dont la vie syncopée confine à l’absurde. La tentative d’une narration itérative (on a le droit à un flashback accéléré du one woman show en vidéo à la fin) échoue sur les rives de la démagogie et d’une danse qui ne se suffirait plus à elle-même, étayée par le bruit et les technologies.

52 conseils pour entreprendre

Vous êtes ou vous sentez l’âme d’un entrepreneur ?  Vous voulez persévérer dans votre être ? En 1h ou en 52 semaines et autant de conseils, Jacques Birol vous emmène au 17ème siècle et dans les coulisses du management contemporain. Jacques who ? Jacques Birol ex Président de publicis Etoile puis cofondateur de Keljob.com actualise l’exégèse des maximes de Baltasar Gracian.  Ce Philosophe et brillant prédicateur aragonais meurt à 57 ans en 1658 disgracié par les autorités espagnoles à une époque où la liberté de penser s’avère…impensable.

Leçon de choses : entreprendre relève d’abord, n’en déplaise à la majorité d’entre nous, confits de béatitude devant la supposée « inconscience » de ces  entrepreneurs « têtes brûlées », relève d’abord de la prudence. De la perpétuelle évaluation du risque, de l’acceptation de la perte supportable. L’entrepreneur raisonne plus en ces termes (affordable loss principle) qu’il ne rêve de grandeurs ultérieures. Voilà pour l’alpha. L’oméga, lui, se déflore à la 52ème semaine et surprendra ceux qui regardent l’entrepreneur comme un Conquistadore obnubilé par le profit.

Entre alpha et oméga, des pépites parmi lesquelles les deux auteurs (Jacques Birol et Baltasar Gracian) nous rappellent, à 350 ans d’intervalle, l’art d’aller à l’essentiel : « le fauconnier ne jette de manger au gibier que ce qui est nécessaire pour le prendre »    ou encore l’encouragement à l’imperfection délibérée car tout esprit humain accuse « ce qui est parfait du défaut d’être sans défaut ». J’en reste là pour vous frustrer, suivant par là un des conseils prodigués par les auteurs. Et vous laisser lire l’ouvrage à loisir, devenir les orpailleurs de vos rivières mentales alimentées par les ruisseaux de vos comportements : vous verrez comme vous êtes précieux par endroits !

Jacques BIROL : pour entreprendre et innover 52 conseils éternels. Editions DIATEINO (en librairie début mars 2011) 

UNE NOUVELLE (socio-éco) LOGIQUE ?

En 2010, La Fondation Nicolas Hulot a fêté ses 20 ans …en nous projetant dans 20 ans. Ses invités, de Tim Jackson à  Ellen Mc Arthur en passant par Günter Pauli et autres  grands acteurs du monde économique, nous ont rappelé que nous avons une révolution à mener. « Nous » ? Nous, tous les sachants occidentalisés. Parce qu’informés, nous sommes investis. Alertés donc sommés d’agir.

« Révolution » ? Pas celle d’un « monde meilleur » dont la vision exalta quelques révolutionnaires passés. Un monde dont la ligne d’horizon recule au fur et à mesure qu’on avance. Non, il s’agit maintenant de rendre le monde possible. Désormais on souhaite, on désire, voire, on exige, on ne promet plus.

Comment? En renversant nos postures mentales et en expérimentant. Hier, j’ai donné un nouveau sens à une fulgurance d’Antonin Artaud : « nous recruterons bientôt des actifs bouleversés » disait-il.

Alors que Tim Jackson propose une prospérité sans croissance, Günter Pauli accompagne concrètement le Bhoutan dans la progression de son indice du bonheur.  Tandis qu’un autre intervenant suggère l’édification d’une « démocratie économique », le patron du DD de l’Oréal,  nous raconte la mise en place d’une micro-économie circulaire au sein du leader mondial de la Beauté, saluant au passage celle du monde !

Ce qui suit n’est pas un résumé des échanges extraordinairement stimulants impulsés par la Fondation Nicolas Hulot le 16 décembre 2010 mais notre point de vue que l’on souhaite à la fois contextuel et complémentaire :

La mondialisation des échanges de biens et services et la généralisation du consumérisme ne consacrent pas tant le règne du capitalisme que la primauté de l’économie sur toutes les autres nécessités humaines. L’économie ne va pas disparaître. Elle a pris le dessus sur la religion (sur Rome et les pouvoirs royaux qui s’en réclamaient) puis sur le positivisme (les régimes dits communistes – soviétique ou maoïste- avaient bâti leur idéologie sur le socle de la pensée d’Auguste Comte au moins autant que sur celle de Lénine !). Fort d’une domination séculaire et sans partage, le règne de l’économie marchande ne s’évanouira pas de sitôt : celui ou celle qui a gravi les premiers échelons de la pyramide de Maslow ne veut plus redescendre. Mais une fois dans les hauteurs, d’autres mobiles humains s’imposent et disputent à l’économie de marché sa primauté…ces mobiles sont d’ordre socio-écologiques.

On mesure désormais l’impasse économique : en suivant sa grande pulsion historique industrielle, l’exploitation, l’économie de marché ne pourra atteindre son objectif d’enrichissement généralisé. Pourquoi ? Parce que cet enrichissement repose sur un principe d’extraction, c’est-à-dire d’appauvrissement de ressources…finies ! Si chaque foyer chinois devait s’équiper d’une voiture, la Terre ne saurait nous prodiguer le zinc!

L’Humanité ne peut donc plus se faire au moyen de l’économie mais doit faire des économies de moyens.

Comment substituer à une approche binaire, où production et consommation s’annulent, un paradigme circulaire, où chaque création ou destruction  de valeur, chaque flux ou transaction doit résolument transiter par deux autres points cardinaux ?

SUR LA ROUTE DE SOI

Un confrère publicitaire, mondialement connu, Charles Saatchi, continue de tracer la route de notre contemporanéité. En ce moment, près de la gare de Lille Flandres, le Tri Postal, reconverti en lieu d’exposition, héberge une envoûtante « Route de la Soie » jalonnée des œuvres prêtées par Saatchi. Cette « Silk road » en lacets (de l’Europe à l’Inde et la Chine en traversant le Moyen–Orient) non seulement ne nous lasse mais nous enlace…sur place ! Le visiteur est frappé d’un exotisme boomerang. L’évocation du lointain est vite rattrapée par l’invocation de ce qui nous est proche.

Les artistes collectionnés par Saatchi savent à qui ils parlent. Et ont beaucoup à nous dire. Désormais mondialisé, leur art n’en est pas moins chargé d’urgences. Ainsi de ces « burqa ménagères » photographiées par l’iranienne Shadi Ghadirian ou encore des « grands de ce monde »,  gérontocrates débiles livrés, impavides, aux caprices aléatoires de leurs sièges roulants… imaginés par deux jeunes chinois.  De Subodh Gupta à Havy Kahraman, en passant par Bharti Kher, ces artistes semblent s’adresser à nous, occidentaux qui avons déclenché cette mondialisation mais ne l’orchestrons plus : « vous avez écrit la partition, nous l’interprétons à notre guise ; eh bien, dansez maintenant ».

Après une magistrale expo londonienne intitulée « the empire strikes back » ce printemps dernier, celui qui a lancé Damien Hirst et jeff Koons récidive cet automne et présente un fond encore plus important à Lille. En le contemplant, on se dit que la fièvre de la jeunesse des plasticiens indiens, pakistanais, irakiens, chinois, iraniens… exposés (ils et elles sont presque tous et toutes née(e)s  après 1970) leur fièvre donc, donne à notre société, sa juste température. L’empire contre attaque (à Londres) scénographiait la revanche artistique des indiens sur le territoire physique et conceptuel de leurs ex colons. Tandis que Silk road (à Lille) élargit à d’autres artistes orientaux ce rapport de force inversé et impose avec grâce leur cheminement sur la route de notre soi.

 

 

>>>La Route de la Soie, au Tri Postal à Lille du 20 octobre 2010 au 16 janvier 2011