Hé Las Vegas!

las vegasQue trouve t- on derrière l’image ? Au-delà de « l’idée que l’on se fait de… ». Quelle image avez-vous de Las Vegas ? Le bien nommé Christian LUTZ donne à voir une sorte de trash investigation made in Las Vegas dans le cadre (et quel cadre !) du Festival de la photographie documentaire « Images singulières » à Sète jusqu’au 22 mai.

La vérité se loge dans l’œil de celui qui regarde. La photographie en général se veut, se doit critique. En particulier celle de Christian LUTZ. Sa méticulosité sert une iconoclastie d’un genre nouveau ; ce n’est pas tant l’image de Las Vegas mais sa vitrine qu’il brise. Son coup d’éclat consiste à faire cela sans bris. Ses caissons lumineux (forcément) apostasient la ville texane. Chacun d’eux échantillonne cette société d’écrans. A crans. Regards torves. Machine à saouls. Où les manchots mendient. D’autres comme occis, morts, bras écartés. Beau désastre. Figures tragi-comiques ; une paire de peluches disneyiennes s’abîment dans le caniveau. On touche le fond. Le fond et la forme sidèrent : littéralement, ce talent suisse nous sape tout désir. Sauf celui d’anéantir ce simulacre de néons. Comment ? En nous enjoignant, nous spectateurs, sans mots dire, de briser la glace. Consigne absurde ; le marteau est à l’intérieur…déjà empoigné par l’auteur.

PATRON MAIS PAS TROP

avironLe dirigeant contemporain donne des directions plus que des directives. Il ou elle incarne l’esprit de l’entreprise et la transcende en adoptant une posture « meta ». Une telle attitude ouvre sur l’interrogation fondamentale qui semble sceller les parcours des dirigeants d’exception : « comment rendre l’entreprise meilleure ? ».

 

EXEMPLARITE

Lors de ses recrutements, Brian Chesky, co-fondateur d’AirbnB regarde le candidat dans les yeux et demande : « imagine qu’une seule année te reste à vivre. Viens-tu néanmoins travailler chez AirbnB ? La moindre hésitation dans l’attitude du postulant s’avère rédhibitoire. Depuis Alexandre le Grand jusqu’à Steve Jobs en passant par Jules César ou Napoléon, les leaders exigent de leurs proches un engagement sans faille et peuvent le faire car de tous les combats, ils le sont « au premier chef » : arpentant le campement tard la nuit ils sondent le moral des troupes, parlent aux munitionnaires, écoutent et distillent des encouragements. Le lendemain, ils chargent d’abord puis viennent après la bataille se pencher sur les blessés…  Suffit. Que lègue le chef de guerre au leader contemporain ? Son énergie ? Oui, débarrassée des visées belliqueuses.  Mais une énergie galvanisante parce que frappée au coin de l’exemplarité. Laquelle  n’est « pas un moyen de gouverner mais le seul » rappelle les créateurs de l’école des patrons (1).

Le pape François exige de ses archevêques qu’ils ne restent pas derrière leur bureau « à signer des parchemins » et les enjoint à se comporter  en « bergers qui sentent l’odeur de leur troupeau »(2).

En marchant avec ses collaborateurs au débotté, le dirigeant écoute, glane des suggestions, aide sur le champ et/ou distille les valeurs de l’entreprise. Bill Hewlett et Dave Packard ont popularisé le Management by wandering around, véritable démarche pratiquée par Abraham Lincoln(3) et étrennée par les péripatéticiens, contemporains d’Aristote.

La balade conversationnelle ne saurait voiler la dimension la plus structurante de l’exemplarité : la discipline. Pour preuve, cette confession de Michel-Ange : « si les gens savaient combien je travaille dur pour acquérir ma maîtrise, cela ne leur semblerait pas, après tout, tellement merveilleux ».

En visant l’exemplarité, mère de toute admiration reçue, le dirigeant influence plus qu’il n’use d’autorité. En contrepoint de son immersion à l’œuvre, évoquée à l’instant,  le dirigeant exemplaire sait aussi rayonner : en sortant de sa boîte il pensera à l’avenant, « out of the box ». Bien au-delà d’éventuelles sorties médiatiques, sa participation à des cercles de réflexion ou  réseaux de confrères, engagements auprès d’organismes d’intérêt public, les retours d’expérience qu’il distillera sur son blog, par exemple, le feront grandir.

Le souci de frugalité et d’équité innerve aussi la tension asymptotique vers l’exemplarité : souvent les entrepreneurs sociaux incarnent et partagent ces valeurs manifestes mais pas seulement. Ainsi Jack Dorsey vient-il de céder le tiers de ses actions de Twitter à ses salariés, le prince Al Walid Bin Talal 100% de sa fortune soit 32 milliards de dollars à des œuvres caritatives. Dans un registre néo fordiste, Dan Price PDG de Gravity Payments a fait couler de l’encre en fixant le revenu minimum de ses 120 collaborateurs à 70 000 dollars  après avoir divisé son salaire par 14.

 

HAUTEUR

De fait, la meilleure façon d’avancer consiste à prendre du recul, constatent la majorité des leaders. A double titre. Au sein de l’entreprise d’abord : Michel Sarrat, PDG de GT location, entreprend chaque année depuis dix ans une « démarche vision ». Soit deux jours occupés à « renforcer l’alliance entre nous (comex et  directeurs de filiales) puis inviter l’ensemble des salariés(4) à réfléchir avec nous ».

Le dirigeant gagnera aussi à s’abstraire à titre personnel car « travailler sans cesse rend fou » aimait à rappeler De Gaulle qui s’inquiétait de ce que certains de ses ministres n’aient pas de hobbies. Chausse trappe conjurée par de nombreux capitaines d’industrie : François Pinault comme son rival Bernard Arnault en collectionnant l’art contemporain, Pierre Chappaz à la tête de Teads ou Jean Baptiste Rudelle, à l’initiative de Criteo en se consacrant respectivement à l’escalade et à la politique d’une part, aux échecs, au kite surf et à l’écriture d’autre part. Les deux marottes de Marissa Mayer, PDG de Yahoo!, la danse et l’art l’ont amené à devenir membre du conseil du ballet de NYC et du musée d’art moderne de San Francisco. Michel Sarrat évoque quant à lui des « lieux ressource » et notamment la méditation en pleine conscience qui « en une minute voire quelques secondes fluidifie [ses] dispositions mentales et le passage d’un instant à l’autre  entre par exemple une réunion animée et un moment d’intense concentration ».

 

HUMILITE

« Quand les décideurs s’inspirent des moines » (5) le livre de Sébastien Henry, serial entrepreneur en Asie aura transformé quelques vies managériales outre celle de Michel Sarrat.  Notre terrain de jeu professionnel semble borné par les contingences de notre enveloppe corporelle d’une part et la durée de notre carrière de l’autre. Or on peut repousser les limites de son corps en l’écoutant et explorer l’idée que nous nous engageons dans quelque chose de plus grand que notre existence. Voilà ledit terrain agrandi ! Et, oh surprise, cet arpent délimite celui de l’humilité. Celle qui inhibe l’arrogance et invite à la plus grande maîtrise de soi. Vanité, hydre bicéphale auquel le leader n’a de cesse de trancher la tête.  « Le plus puissant est celui qui a la puissance sur soi » rappelle Sénèque.

En la matière, les garde-fous semblent bienvenus, à commencer par s’entourer de contradicteurs. Se détourner du principe d’homogamie qui sous-tend le recrutement de pairs et profils similaires à ceux déjà en place peut s’avérer salutaire : lors de retournement de situation ou de projets innovants un collaborateur « atypique » s’exprimera, dans tous les sens du terme. A l’heure de s’entourer, le boss considérera ce que les évolutionnistes appellent les « causes ultimes »(6) : elles englobent tous les facteurs qui dans le passé ont renforcé l’espèce.

(1)http://www.ecole-des-patrons.com/

(2)Lead with Humility : 12 Leadership Lessons from Pope Francis, par Jeffrey Krames ; Editions American Management Association.

(3)D’après l’historien Stephen B. Oates. Communément, management by walking around ou MBWA.

(4)GT location emploie 2000 personnes.

(5)Dunod, 2012.

(6)par opposition aux « causes proximales » ; Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France.

 

L’ENTREPRISE MUE ?

tropical butterflyLe XXè siècle aura vu s’imposer la démocratie sur la scène politique, le XXIè consacrera-t-il sa suprématie dans la sphère économique ? « Démocratiser l’économie », ligne d’horizon de l’économie sociale, née au XIXè siècle, telle pourrait être la résultante, empirique, des entreprises libérées.

L’entreprise libérée… de quoi ?

Le malheur au travail se polarise entre le burn et le bore out.  Tandis que le surmenage défraie la chronique, un syndrôme plus sourd plombe les entreprises : celui de l’ennui au travail. Le désengagement concernerait en France 65% des collaborateurs (1).

Ce mal être résulterait des fonctions inutiles (2), de l’excroissance d‘un reporting consistant à remonter des dysfonctionnements et d’autres mécanismes de neutralisation dans la médiocrité. Volkswagen fait les frais d’une obstruction de sa tuyauterie informationnelle : en 2014, les ingénieurs ont laissé filer l’occasion de révéler la duperie, tétanisés qu’ils étaient par une gouvernance intraitable.

Libérer l’entreprise, aussi, afin d’y faire cesser la mascarade de l’ego, de challenger le royaume des mâles dominants, de revenir à l’étymologie de « concurrents » -courir avec et non contre-, d’ouvrir les fenêtres de l’intuition.

Réinventer l’organisation (3) pour réparer le « je-nous », désarticulé. Réconcilier individuation et rêve collectif.

 

Une révolution spirituelle des dirigeants ?

Patrick Viveret l’observe, le Pouvoir ne s’écrit plus avec un grand « P » et se décline toujours plus avec un complément d’objet direct : « le pouvoir de faire ceci et cela » de chacun supplante déjà les postures autocratiques de quelques uns.

Non seulement les patrons de Favi, de Gore ou de Poult ont-ils refusé le piédestal mais leurs cursus soulignent le fait générateur de toute entreprise libérée : une profonde révolution « corps et âme » du boss. Laquelle s’accompagne, osons une hypothèse hardie, d’une distanciation à l’endroit du profit donc d’une acceptation de la mort. Obnubilées par le profit, la plupart des organisations seraient tétanisées par la peur de mourir. Pulsion limitante. Midas en fut victime, transformant tout en or au point de dépérir.

Au fond, notre siècle pourrait recruter ce qu’Antonin Artaud appelait des « hyperactifs bouleversés » : des patrons qui aiment la vie et l’entreprise parce qu’ils savent que les deux ne sont pas éternelles.

Frédéric Laloux montre que les entreprises libérées performent magnifiquement or il se trouve que le profit n’en est ni l’objectif premier ni la visée dernière !

 

La logique du vivant

Si nous comprenons, jusque dans le tréfonds de nos cellules, que chacun d’entre nous fait partie du vivant (et non pas seulement que le vivant nous entoure) alors nous tenons ici une représentation régénérante du monde en général et du monde de l’entreprise en particulier.  « La cellule et l’organisme multicellulaire se gouvernent de façon fortement décentralisée. Les émergences qu’ils produisent émanent du jeu des interactions en leur sein et non pas d’un organe directeur. » nous rappelle un neurobiologiste.(4) L’organisation démocratique s’apparenterait-elle à celle de l’étoile de mer (5) ? Lorsque celle-ci perd une branche, il en pousse une autre. Cela s’appelle la résilience. Ce concept pourrait-être la clé de voûte de nos sociétés avec un petit voire avec un grand « S ».

 

Je suis ton pair

Révolution interne des dirigeants, pratique organique de l’organisation…cela suffit-il à renouveler le régime des entreprises ? Si l’entreprise libérée procède d’un partage de valeurs elle n’opère pas (encore) le partage de la valeur. En tous cas, ses praticiens ne remettent pas en cause l’actionnariat, savent que les « statuts ne font pas la vertu » et privilégient le pragmatisme. En cédant parfois le gouvernail à l’intelligence collective grâce aux nouvelles technologies. Selon Michel Bauwens, la logique du pair à pair permettrait de réparer les injustices sociales ou encore la dégradation des relations humaines. Dans une structure sociale irriguée par le P2P, chacun serait capable de communiquer et de collaborer sans avoir besoin de demander la permission.

Ce théoricien belge du pair à pair aura inspiré Boris Sirbey, philosophe entrepreneur, qui vient de mettre au point, avec l’école 42 elle-même « libérée », CollectivZ, une plateforme ludique et sérieuse permettant de fluidifier son entreprise. Outre CollectivZ (encadré), StormZ (6) accompagne les entreprises dans la constitution et l’animation d’ateliers en tous genres. Leur technologie propriétaire mise entre autres sur l’anonymat des protagonistes : leur parole s’en trouve libérée. Sinon un renouveau, c’est un bon début.

 

Fluidification mode d’emploi

Fluidifier l’organisation avec CollectivZ. En quatre étapes:

  1. Co-idéation

Tout un chacun peut suggérer un projet. A l’inverse du « like » de Facebook, chacun des membres de la communauté dispose d’un nombre limité de jetons. Les idées ayant collecté le plus de jetons-suffrages, sont mises en œuvre.

2. Gouvernance participative

« Vous pensez, vous faites ». Le plébiscite du projet vaut pour son porteur. Des leaders émergent et attirent les personnes intéressées par ledit projet. L’équipe-projet reste de taille réduite (12 personnes maximum). Elle choisit toutes les modalités, de travail, de communication…

3. Action collective

Chaque projet et son suivi sont alors rendus visibles sur une plateforme collaborative. Des missions y permettent d’accumuler des points d’expériences puis des badges de talents (talents estimés selon moi et selon les autres).

4. Apprentissage

Enfin, chaque projet s’archive et se partage : une évaluation indiquant ses succès, limites et erreurs ainsi qu’un gabarit sont mis à la disposition de la communauté. Les badges consacrent, pour chaque projet, des « Sages » dont les connaissances peuvent être mises à contribution ultérieurement.

(1) Etude Gallup 2011 / 2012

(2) Les fameux « bullshits jobs » épinglés par David Graeber.

(3) Frédéric Laloux « vers des communautés de travail inspirées » (Diateino)

(4) Francisco Javier Varela neurobiologiste et philosophe chilien. 1989

(5) « l’étoile de mer et l’araignée » Ori Brafman et Rod A.Beckstrom, 2006

(6) Stormz.co/fr et collectivz.info

ZWEIG: un humaniste européen

zweig_ErasmeVoilà un biographe qui vous raconte la vie. Tachycardie garantie. Une palpitation sonne l’écoulement du destin collectif, une autre scande la destinée individuelle précipitée. Stefan ZWEIG écrit l’Histoire des histoires. Ils se penchent sur les figures historiques avec la précision, la méticulosité d’un chirurgien et l’empathie d’une sage femme. Littéralement, il connait son sujet.

Son sujet, en 1936, deux ans après la parution d’Erasme, c’est l’humanisme combatif. Incarné quZweig_cs_contre_violence_atre siècles plus tôt par un savant audacieux, Castellion. Son combat ? Il le porte contre une figure encore plus détestable que celle de Luther, déjà dépeint comme un Réformateur fanatique dans sa précédente biographie : la figure de Calvin. A la différence d’Erasme face au père intransigeant du protestantisme, Castellion se dresse d’emblée et sans pusillanimité contre le tyrannique théologien de Genève, rédige le bien nommé « manifeste de la tolérance » ce qui lui vaudra les foudres puis les flammes des disciples de Jean Calvin.

« Ceux qui savent ne sont pas ceux qui agissent et ceux qui agissent ne sont pas ceux qui savent » observe l’auteur, fasciné de ce que son héros, parce qu’informé, se sente investi. Au point de risquer sa vie. En revanche, il déplore qu’Erasme s’efface devant la violence éruptive de Martin Luther. Ses deux biographies esquissent, en filigrane, le déchirement intime de Zweig face au national socialisme rampant et préfigurent sa destinée : doué de prescience, décrypteur du sens de l’Histoire, receleur de son immense porosité devant les affaires de l’âme mais perclus de la souffrance du monde, il finira par s’anéantir.

Théâtre : Gombrowicz Honoré

Si vous voulez connaître la fin de l’Histoire, n’allez pas voir cette pièce. Objet théâtral non identifié. Christophe Honoré nous sert, sur un plateau déjanté, un théâtre qui déraille.  Les comédiens y chantent (faux) mais nous enchantent (pour de vrai).  L’auteur de ce texte inachevé, le jeune « Gombro » Witold de son prénom, revient à la vie et sur scène. Merveilleux. Incarnation, gracile et mutine, que l’on doit à Erwan Ha Kyoon Larcher, acrobate de formation. Pendant 2h45, il va « danser » notre auteur polonais disruptif. Lequel nous recèle son Immaturité ontologique. Witold Gombrowicz interroge le « bénéfice de la jeunesse ». Ce n’est pas, comme le suggère l’idiome, qu’elle récolte la sollicitude des grands. Son bénéfice, à la jeunesse, est plutôt littéral, étymologique. Elle nous fait du bien.  In fine. D’abord, elle dérange. L’ordre établi. Le train-train. Celui-ci n’arrive pas. La famille « Gombro » l’attend pourtant lors d’une scène inaugurale campée dans un imposant hall de gare de province polonaise. Problème d’horloge. Lequel réussit à l’actrice Annie Mercier dont le jeu, jouissif en première partie, culmine lors d’un soliloque endiablé sur l’omniprésence de la terreur et captive ainsi son public frémissant encore du 13 novembre. Witold retire alors ses chaussures. L’ordre des adultes vacille. Leur agitation les infantilise. Que voit le spectateur, outre l’apparente contagion du ridicule ? Il voit que l’immaturité nous constitue. Que l’informe fascine, sans exception : qui n’est pas animé du désir, iFin-de-lHistoirerrépressible, de « former » l’adolescent ? Nous désespérons d’un monde informe et nous tuons à lui donner des contours. Remets tes chaussures. Witold fait semblant d’obéir puis dansera sa vie à transformer son monde tandis que le réel s’abîme. Le réel gouverné par des idées. Le réel de Staline et Hitler réunis par Christophe Honoré au deuxième acte lors d’un Munich délirant. Enfants martyrs déguisés en adultes, tyrans capricieux et immatures. Marlène Saldana, alias Staline, chauffée à blanc après une chorégraphie anti cléricale disjonctée au premier acte, implose avec audace cette imposture historique.

A la fin, pas d’histoire mais de grands moments de théâtre.

Fin de l’Histoire d’après Wiltold Gombrowicz. Texte et mise en scène de Christophe Honoré.En tournée nationale : Toulouse du 11 au 17 décembre 2015 / Valence les 6 et 7 janvier / Créteil du 28 au 30 janvier / Nice du 25 au 27 février 2016.

SURCHAUFFE : UN COMBAT SOUTERRAIN

naomi_klein_tout_peut_changer_couvTroisième anthologie, dans le prolongement des précédentes, de la journaliste canadienne, mondialement traduite. Troisième coup de butoir (plus de 500 pages) sur le bastion capitaliste. Alors que No Logo (2001) puis la stratégie des chocs (2008) mettaient à mal les marques omnipotentes et le libre échange, tout peut changer épingle l’extractivisme alias notre inclination compulsive à l’exploitation des ressources  (le surconsumérisme, son pendant implicite, n’étant pas le sujet du livre). Naomi Klein fustige les industries fossiles à la fois pour leur responsabilité et leur déni du changement climatique. Lequel change tout*. Le premier changement qu’identifie l’auteure a lieu en elle-même vers 2009 : elle prend alors la mesure du caractère catastrophique et inéluctable du réchauffement climatique. Dés lors, il ne s’agit plus d’aménagements, de réformes ou de mesures en demi-teintes voire esquivées lors des sommets planétaires. Non il s’agit d’endiguer toute affaire cessante l’exploitation de nos (sous) sols et d’inventer le post capitalisme.  Toujours implacable tant il est étayé par une rigoureuse investigation à l’échelle mondiale,  l’ouvrage pilonne les émetteurs de GES, cartographie  des combats locaux, démystifie la géo ingénierie, dénonce compromissions et collusions… assène LA vérité qui dérange : nous devons changer, vraiment, maintenant. Comment ? A cet endroit, les solutions ébauchées par la journaliste altermondialiste, récemment convertie à l’écologie, semblent encore un peu… « vertes ».

*This changes everything, titre original de l’opus.

Carburant de la croissance et grand responsable des émissions de GES, les énergies non renouvelables ont fait l’objet d’une somme magistrale et d’un livre à thèse pour qui veut comprendre l’histoire récente de l’énergie et son ambivalence sur laquelle nous éclaire le mot « power ». Or noir, la grande histoire du pétrole, est le fait du journaliste Matthieu Auzanneau. Il y établit l’intime corrélation entre puissance géopolitique et détention de ressources pétrolières, l’irrésistible ascension de l’industrie la plus influente de tous les temps. Avec Carbon Democracy l’historien Timothy Mitchell propose une lecture iconoclaste de nos révolutions industrielles : si les deux énergies carbonées ont affranchi  l’humanité des contingences de la nature, le charbon, le mode opératoire de son extraction supposant une forte concentration de main d’œuvre, a d’abord façonné nos démocraties avec l’avènement du syndicalisme. Les hydrocarbures, eux, beaucoup plus intenses,  fluides par essence permettent une concentration des décisions. Leurs exploitants accélèrent la mondialisation,  façonnent les régimes, alimentent la prospérité matérielle occidentale rançonnée par l’anémie de notre vie politique et l’autoritarisme moyen oriental, nappent le pic pétrolier d’un brouillard gnostique facilitant la maîtrise du prix du baril, étouffent leur responsabilité quant aux émissions de CO2 et entretiennent le mythe de la croissance sans limite ! la thèse est fortement documentée. Naomi Klein n’a pas le monopole de la dissidence en Amérique du Nord.

Matthieu Auzanneau : Or noir, la grande histoire du pétrole (la Découverte 2015)

Timothy Mitchell : Carbon Democracy (La Découverte 2013)

LA VERITE SI JE VENDS

500 ans se sont écoulés depuis Gutenberg pour alphabétiser 80% de la population mondiale. Il en aura fallu 30 pour connecter cette même proportion à Internet : gageons que les entreprises vont se « numériser » à l’instar de leurs publics, vite !

 

TOUS CONNECTES…

En 2025, la planète comptera plus de 6 milliards d’inter- ou mobinautes(1).  A la couverture numérique effrénée de notre monde, s’ajoute une connectivité croissante : nos temps de connexion journaliers moyens s’élèvent toujours plus : un Français se connecte près de 4h chaque jour(2) soit environ 25% de son temps éveillé. A propos de sommeil, des applications « monitorent » le vôtre ! Et c’est là le troisième point caractérisant notre connectivité : son omniprésence protéiforme . Nous serons reliés partout et à tout, « Internet Of Things » oblige : les objets connectés feraient de nous des internautes perpétuels(3).

 

GREGAIRES…

Nous autres connectés faisons la fortune des géants du web lesquels voient 7 milliards de consommateurs sur Terre. Cette vision explique les initiatives de Google (le projet Loon) ou de Facebook (projet Internet.org) pour relier les populations du monde entier à Internet. Notre grégarité fait monter des puissances. Oui, forts de 252 000 employés le chiffre d’affaires cumulé des GAFA avoisine le PIB du Danemark dont la population est 10 fois supérieure(4). Oui, l’e-commerçant Alibaba est entré en bourse et dans l’histoire le même jour en battant un record absolu(5). Oui, Booking.com, l’incontournable intermédiaire de la réservation hôtelière dépense 1,2 milliards d’euros par an en « search ».

 

…REVOLUTIONNAIRES ?

De fait, 3 milliards d’humains se donnent des rendez-vous quotidiens pendant 4h25 sur quelques giga hubs virtuels. Comment s’étonner dés lors de ce que des foules convergent en un Tweet ou cosignent par millions des pétitions ? En avril 2013, sur Twitter, une (fausse) alerte à la bombe produit l’effet d’une vraie : Wall Street perd 136 milliards de dollars en trois minutes. En octobre 2010, sous la pression des internautes, la marque américaine de vêtements Gap fait marche arrière concernant son identité visuelle. Si les data collectées online et si les acteurs du web sont « big », c’est parce que les populations virtuellement rassemblées le sont : en convergeant simultanément non plus forcément dans la rue mais sur Avaaz ou fnac.com, les homo connectus prennent le pouvoir. Sans arrêt.

 

DU REAL TIME MARKETING…

24/24 et 7/7, ainsi va l’e-commerce. Sans arrêt. En France, 59% des français achètent en ligne tandis que seulement 11% des entreprises proposent un e-shop. A croire que nous sommes passés de l’économie de l’offre à celle de la demande. Disons plutôt que l’offre répond en temps réel à une demande. La « VOD » illustre bien cette idée force(7). Les directions marketing des annonceurs superposeront à leurs points de contacts pensés à 360° (dans l’espace) une forte préoccupation 365 jours par an. Par conséquent, les agences médias négociantes d’espaces publicitaires sont en train de s’effacer au profit de places de marché en temps réel (Real Time Bidding). Tendanciellement, une pub ne s’adresse plus à vous en tant que sociotype (âge, profession…) mais selon vos récents comportements « internautiques ».

 

A L’ULTIME  MOMENT DE VERITE…

Alors qui a le pouvoir ? Le marketeur ou le consommateur ? Plus que jamais, ils pactisent. Pour preuves, autant qu’il y a de « P » dans le fameux mix marketing :

PRIX : Ventes privées, La Fourchette ou encore Shop savvy infléchissent les prix et confèrent quelque pouvoir au consommateur.

PRODUIT : les relations sexuelles non plus ne sont pas épargnées et mutent vers toujours plus de connectivité ; la nouvelle division de technologie numérique de Durex lance une application mobile qui aide ses utilisateurs à atteindre l’orgasme(8).

PLACE (distribution) : la goutte d’eau connectée d’Evian court-circuite la « supply chain » : aimantée sur le frigo, elle permet au consommateur de mesurer sa consommation et de commander ses packs d’eau sitôt à court.

PROMOTION : Hiver 2012. Un homme nu sur le catalogue de la Redoute offusque un internaute sur Facebook. La marque réagit…en lançant une chasse, récompensée, aux images inconvenantes. Ce qui eut pu tourner au scandale devient un franc succès de communication pour la marque !

Dans chacun de ces quatre exemples, les consommateurs sont, digitalement, à l’œuvre. Actifs avant, pendant et après l’achat. La période qui précède l’achat, premier moment de vérité, est appelée zone d’intérêt. Après l’achat, le client entre dans une zone de jouissance de son bien ou service. Deuxième moment de vérité. Or cette jouissance, pour être parfaitement comblée, gagne à être partagée. Un selfie jubilatoire sur Instagram ou un Vine enthousiaste cristallise alors l’ultime moment de vérité : l’expérience consumériste réussie parce que partagée, va contribuer à convaincre le prospect encore à la lisière de la zone d’intérêt pour le produit ou service : au moment zéro de vérité, lors d’une requête Google ou sur Tripadvisor par exemple, il sera sensible à la sincérité de témoignages déposés sous le coup de l’impérieux besoin de partager.

 

…VENU POUR LES ENTREPRISES ?

La boucle est-elle bouclée ? Pas tout à fait. Primo, les marketeurs ont commencé de proposer des contenus partageables aux digiborigènes(9) que nous sommes. Secundo, le moment de vérité n’adviendrait-il pas pour les marques ? Sous la pression d’une masse numérisée, encline au partage et à l’évaluation de chaque instant. Le taxi Uber comme l’hôte Airbnb non seulement visent la prestation irréprochable mais sincère ; ils n’ont rien à cacher. Ils vous disent tout. L’entreprise connectée ne serait-elle pas vouée à cette clarté ? Ses marques n’en seraient que plus résilientes : sa marque commerciale ,s’organisera toujours en fonction de trois canaux avant, pendant et après vente. Sa marque employeur en fonction de trois grandes temporalités : recruter/s’entourer, bichonner, garder le contact avec les ex collaborateurs au nom de l’e-réputation. La marque institutionnelle évoluera aussi parce que le moindre tweet peut infléchir le cours boursier ou encore parce que la qualité de l’audience Facebook impacte l’image… en tous points, l’entreprise sera toujours guidée par la réactivité et par une certaine transparence : la vérité si je vends.

 

  • 42% de la population mondiale est connectée à Internet (source We Are Social, janvier 2015)
  • GlobaWebIndex, 2014
  • Quoique plus passifs : l’objet connecté ne requiert pas du tout l’attention d’un écran !
  • GAFA : Google, Apple, Facebook, Amazon. Etude Gafanomics, cabinet Faber Novel réalisée en 2014 sur la base de chiffres 2013.
  • Vendredi 19 septembre 2014, pour son premier jour de cotation, le géant chinois est parvenu à lever 25 milliards de dollars. Soit une valorisation de 226 milliards.
  • Etude sept 2014. Roland Berger, en collaboration avec l’association Cap Digital
  • vidéo à la demande. Quoique doté d’un catalogue peu profond, Netflix a intégré le double paramètre « quand je veux », « où je veux ».
  • , #DurexLabs disponible depuis mars 2015

« un individu pour qui les espaces numériques sont des espaces de vie ». Blog de Nicolas Bordas citant Yann Leroux. digiborigene.fr

PAR LE BAS LA SORTIE (DE CRISE) !

Lecteur, quelles conclusions tires-tu des trois observations suivantes ?:

  1. En France 35 millions de montres neuves sont distribuées chaque année ;
  2. La production d’une tonne de nourritures terrestres implique la perte de quatre fois plus de terre ;
  3. il faudrait 500 ans, au rythme de production actuel, pour couvrir nos besoins d’électricité mondiaux à l’aide de panneaux solaires, en renouvelant le parc chaque ½ siècle.

age_low_tech_Philippe_BIHOUIX

L’auteur en retient qu’il est l’heure de garder les pieds sur terre pour y voir clair : on le sait désormais,  nous consommons trop et surexploitons nos ressources finies. Ce que nous admettons moins fait le sel (régénérant) de cet ouvrage : les nouvelles technologies ne sauveront pas la croissance. La course à une énième révolution industrielle ne devrait pas nous faire renoncer à une double (intime et collective) révolution mentale. Et pourquoi le progrès serait-il forcément technique ?  Ingénieur éprouvé aux Hautes études, spécialiste des métaux, voilà pour la page du CV  de Philippe BIHOUIX. Il écrit ce livre à partir de sa marge et nous enjoint au renoncement joyeux* : rousseauiste du XXIè siècle, il suggère un contrat social bâti sur une radicale sobriété et des éducations manuelle et intellectuelle élevées au même rang. N’eut été la Fondation de l’écologie politique** dont l’auteur a reçu le premier prix du livre francophone l’automne dernier, cette lecture de première nécessité serait restée sous les radars.

*quoique teinté de malthusianisme.

**think tank dirigé par la philosophe Catherine Larrère.

DES CHIFFRES ET DES ETRES

mac_candless_datavizSi je suis informé(e), je suis investi(e)…d’un pouvoir ou d’un devoir d’agir. Les données « donnent ». A comprendre, à réfléchir, elles donnent aussi lieu à monétisation (big data) et de plus en plus, se donnent… à voir ! Antidote à l’infobésité ambiante, les statistiques savent se faire belles, profondes, intelligibles.  Le poids des mots, le choc des photos cèdent le pas à la beauté de l’info. Ses stylistes ? Des « data designers ». David McCandless, le plus contemporain et célèbre d’entre eux se définit à la fois comme journaliste et graphiste. Auteur du bien titré « information is beautiful » en 2009(1), il creuse cette ambition de nous rendre intelligents par la vue en publiant « knowledge is beautiful »(2). La production exponentielle de données et la démocratisation de la culture graphique confèrent une nécessité historique à cette discipline hybride, enfantée par Excel et In Design ! Science salutaire. Nouveau continent qui nous recueillera tous autant que nous sommes, naufragés de l’océan informationnel. Continent politique puisque partie émergée d’une pensée visible et plateforme donnant potentiellement à agir : allez voir (par exemple) « le pariteur » pour vous en convaincre(3). Dans un tout autre registre et en 4D, cent parisiens(4) se sont prêtés sur scène à un exercice de « dataviz » l’an dernier grâce au talent du collectif Rimini Protokoll : on savait faire parler les chiffres, on sait désormais les incarner ! Le spectacle est en ce moment à Amsterdam mais s’il vient dans votre ville soyez présent, à 100%.

 

(1) DATAVISION chez Robert Laffont (en français)

(2) paru en novembre 2014 en anglais seulement pour l’instant.

(3) http://appli-parite.nouvelles-ecritures.francetv.fr/

(4) parmi lesquels quelques JD ! Spectacle intitulé « 100% Paris ».

INCUBER OU COMMENT POUSSER LES JEUNES POUSSES

STARTUPS 2_NEF CENTRALE Wilmotte et Associes ArchitectesDe nouveaux acteurs économiques autoproclamés « accélérateurs » n’ont pas attendu le rapport remis cet été par Jean Pisani-Ferry à François Hollande : « Quelle France dans 10 ans ? » : selon l’auteur, trois lignes de force dessinent l’entreprise du XXIè siècle : la formation par-delà le diplôme, l’essor des technologies notamment numériques, l’aspiration sociétale des nouvelles générations vers plus d’autonomie et d’épanouissement dans le travail.

Le plus grand incubateur du monde

Trois longues nefs, de grandes verrières, des voûtes de voile mince en béton armé, des auvents extérieurs qui courent le long des façades sur plus de 300 mètres de long, 70 mètres de large et 16 mètres de haut : bienvenue à la Halle Freyssinet dans le 13e arrondissement de Paris.

Conçue en 1927 par Eugène Freyssinet, la Halle éponyme accueillait alors le centre d’expérimentation de ses deux inventions, le compactage du béton par vibration et le béton précontraint. L’ingénieur des Ponts et Chaussées pouvait-il imaginer que son immense ouvrage, quoique marqué du sceau de l’innovation, allait accueillir le plus grand incubateur du monde?

Vous avez bien lu : la Halle Freyssinet accueillera, dès 2016, près de 1000 startups sur plus de 30.000 m2. Une première mondiale. Cette future locomotive de l’entrepreneuriat verra le jour grâce au partenariat entre la Ville de Paris, la Caisse des Dépôts et Consignations et Xavier Niel, co-financeurs.

Ces startups bénéficieront d’un espace de travail unique pour émerger et transformer leurs projets en véritables entreprises de rang mondial. La Halle Freyssinet offrira des espaces de coworking, un Fab Lab (imprimantes 3D en accès libre), un grand auditorium, des salles de réunions, de larges espaces de travail, un immense bar-restaurant  ouvert 24h/24, autant de lieux de rencontres, d’échanges et de liberté. Unique par sa taille et sa modularité, ce lieu participera à faire de Paris, ville numérique, la capitale la plus innovante d’Europe!

38,2 °C le matin.

Un phénomène aura préfiguré la sortie de terre de la Halle Freyssinet : une douce fièvre saisit en effet l’entreprenariat depuis presque 10 ans en France. La poussée est parisienne mais pas seulement…

En 2005, à Mountain View, Paul Graham initie une deuxième génération d’accélérateurs privés (après celle de la nouvelle économie). L’idée principale consiste à fertiliser le projet de l’entrepreneur en laissant les coudées franches à ce dernier. Et ce, sur une période circonscrite à 3 mois promis à une folle densité.  Le Y Combinator est né et fait école : la même année à Paris, Advancia crée un « générateur d’entreprises » deux ans avant le Seedcamp Outre Manche lequel essaime depuis partout en Europe. Toujours sur ce modèle d’échanges fiévreux, en 2011, L’association Silicon Sentier invente le Camping : chaque semestre, 12 startups bénéficient de conseils de 60 mentors et d’événements comme l’Investor Day, où les projets sont pitchés devant 100 investisseurs européens. Google est partenaire du Camping et offre 4 500 euros à chaque projet débutant. Marie-Vorgan Le Barzic, secrétaire générale de l’association, désormais baptisée NUMA, complète : « on nous compare à une salle de sports. Nous y accueillons des athlètes. Avec notre concours, ils franchissent des paliers et peuvent atteindre un très haut niveau. » A chacun des trois premiers étages de ce building entrepreneurial, sis rue du Caire à Paris,  des tablées câblées couvent ou peaufinent de potentielles pépites. Frédéric Mazzella, le fondateur de Blablacar s’est adossé à NUMA pour y conduire ses états d’usage à l’heure de basculer en modèle payant.  TWITTER a récemment fait l’acquisition de MESAGRAPH, startup qui aura campé ici.  Vous voulez rêver le futur ? Un seul exemple, allez voir DREEM(1) où comment notre sommeil peut améliorer nos performances quotidiennes.

Performer, nous y voilà. L’accélération charrie son lot de turbulences. Parce que les accélérateurs s’investissent désormais plus qu’ils n’investissent, ils réfléchissent, infléchissent voire triturent le projet initial ! Adrien Mirguet, cofondateur de VINOTRIP en témoigne…et en redemande :

« Une réunion « électro-choc » nous a d’autant plus secoués que nous partagions la plupart des constats de nos mentors. Si nous restons convaincus que l’oenotourisme est une lame de fond, cette remise en cause complète de notre modèle est très exactement ce que nous sommes venus chercher à L’Accélérateur car, seuls, la tentation est forte de raisonner en déformation d’un historique, jamais en rupture… »

La posture mentale la plus à rebrousse poils du (petit) monde des accélérateurs se cristallise dans les initiatives tranchantes du groupuscule « the family ». Pourfendeurs du « business as usual » et sectateurs du « growth hacking », ou comment acquérir des clients sans payer, le disruptif trinôme fondateur de cette famille(2) qui a déjà fait éclore 160 startups depuis sa création en février 2013, postule que « tout le monde peut entreprendre. « En 1995, il fallait 1 million d’euros pour lancer une entreprise numérique. Il en faut 15 000 aujourd’hui». Erika Batista, membre de ladite famille, poursuit : « The family prend 3% du capital des startups qu’elle élève. Nous faisons tout pour que la jeune entreprise atteigne le point mort dés la première année. » A la question des profils recherchés, Erika répond : « Nous misons avant tout sur des esprits « naughty ». Traduisez irrévérencieux.

Ce même désir de faire émerger et grandir l’excellence doublé d’un défi à l’endroit des institutions et du système éducatif habite Antoine Amiel, fondateur à 23 ans de Learnassembly.com. « je veux une université libre et participative pour entrepreneurs » déclare t-il. Ambition établie sur le trépied suivant : primo, démocratiser les compétences (pour 49 euros, on peut passer 2h30 au contact d’un expert en community management). Secundo, le fond et le format doivent s’adapter au public. Tertio, chacun de nous est condamné à l’apprentissage perpétuel !

Quoique surtout parisiennes, ces structures « pousse-jeunes », outre l’accessibilité universelle de certains de leurs contenus grâce au web, s’installent en région. Ainsi le réseau de « Cantines », sur le modèle initié en 2008 par l’association Silicon Sentier distille la fièvre entrepreneuriale à Rennes, Toulouse, Nantes plus une dizaine d’autres lieux associés.

Sous l’aile de grands groupes

Le député-maire de Neuilly-Sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin, a innové en 2013 avec une initiative unique en France. Il a créé une pépinière d’entreprises dont les jeunes pousses ne sont pas incubées sous un même toit, mais hébergées au sein de 20 grandes sociétés implantées à Neuilly. Parmi elles, Altran, Chanel, GDF Suez, JCDecaux, M6, UGC ou Warner Bros. Chacune de ces entreprises membre s’engage à offrir à une startup pendant 23 mois, tout le confort physique et l’assistance nécessaire sur le plan technique, les questions juridiques et les ressources humaines, pour qu’elle se concentre sur son développement commercial.

Selon Jean-Gabriel Bliek, le directeur du développement économique de la ville de Neuilly, le programme « Neuilly Nouveaux Médias », compte actuellement 10 startups incubées. En phase d’amorçage, elles ont toutes moins de 3 ans et ont élaboré un service ou un produit innovant. Chaque semestre, 2 à 3 startups sont sélectionnées pour rejoindre l’un des grands groupes Neuilléens. Incubation de luxe, certes mais sélectivité rime avec efficacité: début 2014, hébergée depuis moins d’un an chez Deloitte, Shopmium, une application mobile de couponing, a levé 5 Millions d’euros et a réussi à s’implanter aux Etats Unis.

Incuber, pourquoi pas chez vous?

Environ une entreprise sur deux meurt dans les cinq ans en France. Gageons que chacune des formules évoquées ci-dessus ouvre la voie à une meilleure « vitalité infantile » de nos entreprises. En réduisant « forces de frottement » et en rompant l’isolement de l’entrepreneur, elles favorisent la créativité et libèrent les énergies!

Si l’accueil de jeunes pousses dans une entreprise dessine des opportunités et stimule l’innovation des deux côtés, pourquoi ne pas mettre à disposition un bureau, partager une salle de réunion avec de jeunes entreprises? A l’ère du partage de voitures entre particuliers, pourquoi ne pas imaginer partager et monnayer infrastructures et bon procédés ? C’est peut être l’un des leviers pour développer de nouveaux projets, trouver de nouvelles opportunités pour votre business, et qui sait, participer à l’un des succès entrepreneuriaux de demain?

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