Théâtre : Gombrowicz Honoré

Si vous voulez connaître la fin de l’Histoire, n’allez pas voir cette pièce. Objet théâtral non identifié. Christophe Honoré nous sert, sur un plateau déjanté, un théâtre qui déraille.  Les comédiens y chantent (faux) mais nous enchantent (pour de vrai).  L’auteur de ce texte inachevé, le jeune « Gombro » Witold de son prénom, revient à la vie et sur scène. Merveilleux. Incarnation, gracile et mutine, que l’on doit à Erwan Ha Kyoon Larcher, acrobate de formation. Pendant 2h45, il va « danser » notre auteur polonais disruptif. Lequel nous recèle son Immaturité ontologique. Witold Gombrowicz interroge le « bénéfice de la jeunesse ». Ce n’est pas, comme le suggère l’idiome, qu’elle récolte la sollicitude des grands. Son bénéfice, à la jeunesse, est plutôt littéral, étymologique. Elle nous fait du bien.  In fine. D’abord, elle dérange. L’ordre établi. Le train-train. Celui-ci n’arrive pas. La famille « Gombro » l’attend pourtant lors d’une scène inaugurale campée dans un imposant hall de gare de province polonaise. Problème d’horloge. Lequel réussit à l’actrice Annie Mercier dont le jeu, jouissif en première partie, culmine lors d’un soliloque endiablé sur l’omniprésence de la terreur et captive ainsi son public frémissant encore du 13 novembre. Witold retire alors ses chaussures. L’ordre des adultes vacille. Leur agitation les infantilise. Que voit le spectateur, outre l’apparente contagion du ridicule ? Il voit que l’immaturité nous constitue. Que l’informe fascine, sans exception : qui n’est pas animé du désir, iFin-de-lHistoirerrépressible, de « former » l’adolescent ? Nous désespérons d’un monde informe et nous tuons à lui donner des contours. Remets tes chaussures. Witold fait semblant d’obéir puis dansera sa vie à transformer son monde tandis que le réel s’abîme. Le réel gouverné par des idées. Le réel de Staline et Hitler réunis par Christophe Honoré au deuxième acte lors d’un Munich délirant. Enfants martyrs déguisés en adultes, tyrans capricieux et immatures. Marlène Saldana, alias Staline, chauffée à blanc après une chorégraphie anti cléricale disjonctée au premier acte, implose avec audace cette imposture historique.

A la fin, pas d’histoire mais de grands moments de théâtre.

Fin de l’Histoire d’après Wiltold Gombrowicz. Texte et mise en scène de Christophe Honoré.En tournée nationale : Toulouse du 11 au 17 décembre 2015 / Valence les 6 et 7 janvier / Créteil du 28 au 30 janvier / Nice du 25 au 27 février 2016.

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